Je me trouve grosse. Aussi énorme qu'une femme enceinte. Avec mes bourrelets titanesques qui ressortent de toutes parts sous mes tee-shirts, mes seins qui pendent alors que je n'ai même pas 15 ans, mes bras qui se sont épaissis et mes cuisses qui se touchent quand je marche.
Quand je demande à mes amis comment ils me trouvent, j'ai la boule au ventre. Ils répondent que je suis bien, pas trop grosse, et que de toutes façons les rondeurs, c'est mignon. Je sais qu'ils mentent. Ils disent cela pour me faire du bien mais comme je sais qu'ils sont hypocrite ça ne me fait rien du tout. Je me sens trahie par eux. En fait ils ont pitié de moi. La tendance, c'est les filles minces avec des petits seins. Quoiqu'on dise, Miss France n'a pas de rondeur. Elle est maigre comme un clou, et les filles qui font plus de 60kg ne sont bonnes qu'aux ordures.
Je fais 66kg et 1m72. IMC: 22,65. Mon objectif c'est d'atteindre 18. Pour y arriver je faire environ 54kg et donc perdre 12kg. Et ce avant la fin du mois d'avril. J'ai déjà perdu trois kilos, mais je ne suis pas satisfaite, pour moi ce n'est pas suffisant. Pas encore.
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Depuis peu, je m'éloigne de mes amies. Je me mets à l'écart, je les garde loin de moi. Mieux vaut qu'ils ne m'approchent plus, pour eux et pour moi. Car quand on reste seule, c'est plus facile de garder le contrôle sur la nourriture. Quand ma mère ou mes amis sont là, je me sens obligé de manger, de faire semblant d'avoir faim. Alors que voir toute cette nourriture me déchire le coeur.
Mais d'habitude, ce n'est pas vraiment comme ça. D'abord, période normale, je mange comme tout le monde. Puis, période de boulimie non vomitive, et je croque tout ce qui me passe sous la main. Ensuite, période vomitive, en général tout de ressort pas de l'estomac après le déjeuner. Quand j'ai trop mal au ventre, que les larmes coulent trop vite et trop fortement malgré moi, quand le sang sort de ma gorge, et que j'ai peur que ça ne se voit trop. Pour finir, période de restriction.Déjeuner végétarien, refus du sucre, jeûne. Et à ce moment là, je ne ressens plus rien. Je ne veux pas qu'on me parle, je veux rester dans mon monde. Mais aussi rester entourer, pas comme seule au milieu du désert. Parfois l'angoisse me gagne et là, bim! Une crise qui gâche tout. J'achète une pâtisserie que je mange en secret. Personne ne doit me voir, question de vie ou de mort.
Pour l'instant je vais bien. C'est Noël, en famille. Ma famille me fait me sentir mieux. Mais ils sont parti et tout à l'heure coup de blues. Je sens un vide en moi, un vide que je veux remplir par la bouffe, mais que je vais creuser encore plus profond. Je me mets à imaginer la prochaine rentrée et le régime que je vais entreprendre.
Je ne veux pas devenir un tas d'os et crever, ressembler à un squelette et en dépérir. Je veux ressembler aux mannequins, même ceux, surtout ceux qui sont retouché.